25 janvier 2009

Nice 1543

Idée dont j'ignore si elle est intéressante ou suicidaire : j'ai un projet d'article (dont j'espère qu'il verra le jour). Je crée ce billet pour donner un état du projet en genèse.

Donc vous y lirez des absurdités, causées par des recherches que je n'ai pas encore faites. Cela vous donnera l'occasion d'accomplir une bonne action en me corrigeant (plutôt en commentaires que par mail : la "recherche" n'avance pas masquée). Mais peut-être y verrez-vous aussi quelques bonnes idées à prolonger.

Je viens de m'installer à Nice et j'y ai aussitôt cherché, sans trop d'illusion, des perspectives numismatiques, sachant bien que nul atelier monétaire n'y avait pris place durant le Moyen âge. Tout ce que j'ai trouvé fut donc, pour 1543, une monnaie obsidionale (monnaie de siège). Il s'agit donc d'une pièce moderne d'une part, et d'une pièce municipale d'autre part. Deux sources d'incompétences pour moi, et ce d'autant plus que les monnaies de nécessité constituent un sujet d'étude à part pour les numismates, que je n'avais encore jamais pris le temps de creuser.

Dernière source d'erreur : au XVIe siècle, Nice relève des ducs de Savoie (depuis la fin du XIVe siècle). La bibliographie est plutôt italienne et je la connais mal.

Donc plein de choses à découvrir pour moi. Certaines que j'ai déjà découvertes, d'autres qui sont encore devant moi.

Aspects politiques et militaires

Contexte

En 1388, la comtesse de Provence donne Nice au duc de Savoie1. L’appellation de « comté de Nice » apparaît seulement en 1526, comme désignation administrative d’une terre du duché (pas de comte de Nice, donc).

Le duc de Savoie Charles III (1504-1553) est parent du roi de France François Ier et de Charles Quint, et ne parvient pas à trouver de position politique sécurisée dans la lutte que les deux souverains se mènent en Italie.

En 1536, François Ier occupe une grande partie des états de la Savoir, et Charles III se replie dans Nice.

Le pape Paul III contraint alors François Ier et Charles Quint à se réunir à Nice pour des négociations (congrès de Nice – 1538) dont il espère faire sortir un traité de paix et le projet d’une croisade contre les Turcs. Il n’obtient qu’une trêve de 10 ans, et Charles III ne récupère pas ses états occupés.

Prenant pour motif le refus de Charles Quint d’investir un des fils de François Ier du duché de Milan, le roi de France dénonce la trêve en 1542. En 1543, il amène son armée devant Nice, cependant qu’une flotte turque conduite par Khayr al-Din (surnommé Barberousse)2.

Le siège

20.000 Franco-Turcs sont conduits sur terre par le comte d’Enghien François de Bourbon, et 120 galères se trouvent face au port de Nice.

Le siège débute le 2 août, et l’armée franco-turque réussit à prendre la ville, cependant que la citadelle résiste.

L’arrivée de Charles Quint et de Charles III en septembre 1543 permettent de faire lever le siège.

Celui-ci dure donc un mois, en l’absence du duc de Savoir.

La monnaie obsidionale de Nice

Définition

Les monnaies obsidionales apparaissent au XVIe siècle, et font partie des monnaies « de nécessité », émises par diverses autorités lorsque la carence de numéraire impose un substitut urgent. De telles monnaies ne peuvent donc pas être désignées comme telles, et n’ont qu’une valeur d’échange temporaire, pour lesquelles l’émetteur se porte garant de leur valeur fiduciaire qui sera remboursée à l’issue de la situation de crise.

La monnaie de Nice fait donc partie des premières émissions existantes. Elle est connue au moins depuis le XVIIIe siècle3, mais reste rare et précieuse pour les collectionneurs.

Description et premières remarques

D : KROLVS II D SABAVDI en deux lignes dans le champ, séparées par un point ; une fleur au-dessus et en dessous de l’inscription ; le tout dans un listel doublé d’un grènetis.

R : NIC A TVRC ET GAL OBS 1543 en 3 lignes dans un listel doublé d’un grènetis.


Cette monnaie comporte une date (1543), le lieu de l’émission (Nice) et la description de la situation nécessitant l’émission de cette frappe : « a Turcis et Gallis obsessa » (assiégée par les Turcs et les Gaulois).

La titulature du duc de Savoie est également présente.

Plusieurs commentaires peuvent déjà être faits :

  • L’inscription est en latin, et non en langue vulgaire, comme sur la plupart des monnaies obsidionales

  • C’est au nom du duc, absent de Nice, qu’est frappée cette pièce, et non au nom de la ville.

  • La numérotation est « Charles II » et non « Charles III ». Je n’ai aucune explication à proposer à cela : Charles Ier régna de 1482 à 1490, Charles II de 1490 à 1496 et Charles III de 1486 à 1553. Charles II, devenu duc à l’âge de deux ans, et mort à 8 ans, n’a pas réellement gouverné, la régence étant assurée par sa mère Blanche de Montferrat. Peut-être celui-ci n’est-il pas pris en compte…

  • Les « coupables » (assiégeants) sont désignés sur l’une des faces. En particulier l’armée française est désignée par le terme « Gallis », alors que sur ses monnaies et dans ses actes, le roi de France signe depuis des siècles « Rex Francorum ». Le terme de Gallia, dans le paysage numismatique, n’a jamais été utilisé ailleurs que sur les monnaies des archevêques de Lyon, qui désignent leur ville « Prima Sedes Galliarum ». Il est donc extrêmement tentant de voir dans ce choix du terme « Gaulois » plutôt que « Français » une dépréciation (de propagande légitime) des ennemis.


1 “Dédition de Nice à la Savoie - Wikipédia,” http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=D%C3%A9dition_de_Nice_%C3%A0_la_Savoie&oldid=34928796 [consulté le 2 janvier 2009].

2 François Ier a signé en 1536 une alliance avec Soliman le Magnifique, par un traité appelé Capitulations.

3 Pierre Ancher Tobiesen Duby, Recueil général des pieces obsidionales et de nécessité, gravées dans l'ordre chronologique des événemens: avec l'explication, dans l'ordre alphabétique, des faits historiques qui ont (Paris: Chez la veuve de l'auteur [etc.], 1786) pl. 21, n° 3,. Cité par Anatole de Barthelémy, “Monnaies du Moyen Age inédites - Mémoires et dissertations,” Revue numismatique (1862): 26, http://books.google.com/books?id=jCkDAAAAYAAJ&pg=PA373&dq=si%C3%A8ge+1543&ei=d9FYSbHuI4vkywSrhvG6DA&hl=fr#PPA373,M1.

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2 Commentaires:

Anonymous morp a dit...

concernant le nom Charles II et non Charles III cela vient du fait que le duc Charles Jean Amédée (1490-1496) a "régné" (sous la tutelle de sa mère) sous son nom propre et pas sous le nom de charles II ... les historiens français ont tendance à le compter comme un charles II alors que les historiens italiens le conserve sous le nom carlo giovanni amedeo, les doc sur les monnaies de savoie étant principalement italiennes, on prend vite le pli

23:11  
Blogger Bottin a dit...

Est-ce normal de ne pas voir l'image ?
Et elle est introuvable dur le site de CoinArchives.com

14:06  

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